DAAM LÔ

DAAM LÔ

nancy, Senegal

About DAAM LÔ

Oubliez les clichés sur les racines et les origines. Si la peinture de Mr. Mamadou, alias Daam LÔ, porte encore en elle les traces de sa jeunesse à Dakar, sa musique au contraire, n’est pas uniquement l’œuvre d’un jeune homme sénégalais. C’est avant tout celle d’un citoyen du monde. Sous le nom de Daam LÔ (au Sénégal, Daam est un diminutif de Mamadou), l’artiste compose une musique déstabilisante et bercée de multiples influences. On y trouve par exemple de profondes inspirations reggae (ou ragga), mais aussi les convulsions urbaines du hip hop, les trémulations du funk et les échos tout en basse du dub, ainsi que des visions futuristes ou expérimentales.
S’il est à l’origine de six albums, tous autoproduits et distribués gratuitement, Daam LÔ est aussi un artiste total, musicien mais également peintre. Inspiré par les grands maîtres figuratifs que sont Rembrandt, Courbet, Iba Ndiaye, Edward Hopper ou encore Qi Baishi, Li Keran, Hokusai ou Utamaro, il entretient cette passion depuis sa plus tendre enfance. Plus globalement, on peut dire de la peinture de ce jeune diplômé de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Nancy (également titulaire d’un bac professionnel - option mécanique générale - et d’un 1er cycle de DEFA en architecture) qu’elle est porteuse d’un symbolisme du signe. L’artiste y joue avec les symboles inaccessibles du chamanisme et de la magie africaine. Des indices généralement réservés aux initiés, qu’il dissémine dans ses toiles avec malice. Portraits à l’acrylique ou à l’huile, en aplats de couleurs, ou techniques mixtes (un mélange “ maison “ de glycéro et d’acrylique peinte aux chiffons), son imagerie est imprégnée de la tradition des Arts Premiers (à l’image des masques traditionnels et de la statuaire africaine). Il lui arrive également de rendre hommages à des sujets bien connus de l’histoire contemporaine, comme Bob Marley ou Che Guevara. Une inspiration qui puise dans les arts populaires, de la fresque murale à la musique pop, et une démarche tout à fait logique pour un artiste autodidacte, qui, en musique, comme sur la toile, refuse tout académisme, prêchant pour un art de la rue avec sincérité et simplicité.
Cette connexion avec le monde, cette position d’observateur, est également présente dans sa musique. C’est particulièrement évident sur des morceaux comme “ Keeper Voice “, “ Destruction Total “, ou “ Ancient Funk Spirit “. Là, Daam LÔ, en spectateur, mais aussi en commentateur conscient et attentif, exprime parfois avec rudesse, parfois avec sagesse, sa vision d’un monde profondément divisé. Mais sa musique est aussi l’autre lieu privilégiée où se développe son imaginaire. Un monde intérieur et en constant mouvement, où les symboles de la culture africaine croisent ceux d’une culture mondialisée, elle aussi mouvante. Cultivant un son dense et lourd, sensuel et soulfull, sur un flow scandé souvent frénétique, Daam LÔ fait parti de ses artistes, qui, de Massive Attack à Tricky ou Roots Manuva - en passant par les tenants du rap et du dubs tep actuel – aiment à s’exprimer dans un registre ambigue.
A l’image d’un monde en demi-teinte où rien n’est vraiment ce qu’il semble être, la musique de Daam LÔ, à la fois primordiale et urbaine, est l’œuvre d’un être profondément conscient des failles de la civilisation, un lieu où règne principalement la violence et l’injustice, l’abandon des valeurs et la disparition des racines.
Sa musique, est empreinte d’une lucidité, et parfois même une noirceur, qui ne l’empêche pas d’abriter une flamme intérieur. Comme tous les créatifs, Daam LÔ se souvient en effet qu’il est du devoir des artistes de garder espoir et de partager cette lumière intérieur avec les autres.
Maxence Grugier MCD Magazine

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